Vous trouverez dans cette section, quelques une de mes anecdotes qui se sont déroulées lors de mon voyage.
60 pays : Canada, états-Unis,Mexique, Guatemala,Honduras Salvador, Nicaragua,Costa Rica, Panama, équateur, Pérou, Chili, Argentine, Brésil, Afrique du Sud, Swaziland, Mozambique, Malawi, Tanzanie, Kenya, éthiopie, Grèce, Italie, France, Belgique, Hollande, Allemagne, Danemark, Suède, Norvège, Finlande, Estonie, Lettonie, Lituanie, Pologne, Slovaquie, Hongrie, Roumanie, Bulgarie, Turquie, Iran, Pakistan, Inde, Népal, Vietnam, Laos, Thaïlande, Malaisie, Singapour, Indonésie, Australie, Nouvelle- Zélande, Taiwan, Hong Kong, Macao, Chine, Japon, Corée du Sud, Alaska, Canada.
Ushuaia (Argentine): 15 décembre 2001
Cap Agualas (Afrique du Sud): 20 février 2002
Cap Nord (Norvège): 29 mai 2003
Sentosa Island (Singapour): 21 avril 2004
Slop Point (Nouvelle-Zélande): 16 janvier 2005
Prudhoe Bay (Alaska): 15 juillet 2005
Je roule sur River Road, sur la route des plantations à la sortie de la Nouvelle-Orléans. C’est magnifique et paisible. Des souvenirs de scènes de films d’esclavage me reviennent en tête, lorsque j’aperçois les vieux manoirs blancs entourés d’immenses chênes formant souvent un couvert au-dessus de la route. C’est dans ce décor que je fais l’une de mes plus belles rencontres de mon voyage.Un noir est arrêté à une intersection, un vieux vélo entre les jambes. Il semble regarder dans le passé. Je suis littéralement attiré vers lui comme par un puissant aimant :
- Vous avez un beau vélo, lui dis-je.
- Oui, me répondit-il.
- Mais je me sens trop vieux pour rouler, je suis fatigué. S’ensuit alors un silence, un silence respectueux, plein d’émotions.
- Vous avez une très belle tradition en Louisiane en nettoyant les cimetières et en y plaçant des fleurs pour Halloween.
- Oui, ma grand-mère a enseigné cette tradition à ma mère, ma mère me l’a transmise et moi, je veux la retransmettre à mes enfants, mais ils ne veulent rien savoir.
Je suis aspiré dans son être, de l’empathie à l’état pure. Il pleure, je pleure et nous restons plusieurs minutes dans cet état. Je prends une photo et repars. Aucun mot sur mon voyage, et peut-être une photo de trop...

J’entre dans une épicerie où se trouve seulement des noirs. Tous s’arrêtent de bouger, de parler et me suivent du regard. Je n'entends que le bruit de mes pas. Un homme s’approche et me demande si je suis canadien (il a vu mon drapeau canadien sur mon vélo). Je lui réponds que oui et, comme par miracle, la vie reprend son cours. Je pense qu’un américain blanc n’y serait jamais entré…
Je couche dans la maison d’un prêtre catholique. Nous mangeons, buvons et à la fin du repas, le prêtre part dans sa chambre et revient en petite tenue. Il me dit que le massage est sa spécialité et m'en propose un, je lui répond que je ne suis pas intéressé , il me poursuit alors autour de la table. J’entre dans ma chambre et place une chaise sous la poignée de la porte.
J’ai un gros doute sur son orientation sexuelle. Mais le plus grave c’est qu’en après-midi, à mon arrivée, il était en contact direct avec des adolescent…(le scandale sur l’abus sexuel des religieux fait les manchettes à ce moment aux états-Unis)
J’ai une crevaison sur une grande route du Texas. Je couche mon vélo sur l’accotement, m’accroupie pour tenter de détecter la crevaison en collant mon oreille sur la roue. Je ne bouge pas beaucoup. Je suis très concentré sur ma recherche, lorsque je m’aperçois un policier qui court dans ma direction.
Il avait reçu un appel d’un automobiliste disant qu’un cycliste avait probablement été heurté par un véhicule. Je me relève et il éclate de rire comprenant la situation. Il me trouve un endroit où dormir pour la nuit.
Au Texas sur une autoroute, 4 chiens de race bergers allemands m’attaquent, un à chaque coin de mon vélo. Je m'arrête sur la ligne blanche de la route, met la béquille et fais face aux deux chiens qui se trouvent sur moi.
Quelques minutes plus tard un véhicule arrive et les chiens disparaissent. Je m’en tire sans blessures. Ces chiens errants sont un gros problème au états-Unis...
Les propriétaires d’une compagnie d’import/export m’offrent une commandite. Ils me supporteront près de deux ans en me fournissant de l’argent et de l’équipement.
Durant les deux mois passés dans cette ville, je fis la promotion de l’entreprise en participant à des randonnées cyclistes avec des professionnels du vélo. En d’autres occasions, j’organisais des sorties familiale à vélo.
C’est ironique, car avant mon départ je n’ai pas demandé de commandite. Peu de gens croyaient à mon aventure, pensant sans doute que j’étais trop vieux pour entreprendre un tel voyage.
Je monte une cote très abrupte. Deux policiers la descendant en auto s’arrêtent et me disent que je ne peux pas rester seul, car des groupes armés attaquent les véhicules. Mon vélo dans le coffre arrière de l’auto de patrouille, j’atteins le sommet sans problème.
Mais il commence à se faire tard et je dois me trouver un endroit pour y passer la nuit. A ma droite, se trouve une grande maison entourée d’une haute clôture surmontée de barbelés, deux chiens Doberman et sur le perron 8 hommes : 4 avec des fusils calibres 12 et 4 avec des guitares. Une musique agréable me parvient à l’oreille. Je demande à ces personnes s’il y a des problèmes de sécurité et ils me répondent non.
C’était peut-être l’un des groupes qui attaquaient les véhicules... Je finis par monter ma tente sur le perron et dormir en toute sécurité après un bon souper et un concert en ma faveur.
Noël approche et j’aimerais le passer avec une famille. Un souhait qui va se réaliser.
Le 22 décembre 2000, je roule dans Veracruz au Mexique. J’ai besoin de nourriture, il y a plusieurs épiceries, mais les devantures sont remplies d’étalages. À un moment donné, j’aperçois un magasin avec une belle place sécuritaire pour mon vélo. J’entre dans ce magasin et je me présente. La famille qui tient le magasin connaît le Québec. Elle m’invite à passer Noël en sa compagnie. On me loge sur le toit de l’immeuble dans une belle chambre équipée d’une douche, d’une télévision et une superbe vue sur la ville.
Viens l’heure du dîner, je ne parle pas très bien espagnol, cependant, comme certains mots français et espagnol se ressemblent, je tente d'assimiler les deux langues mais cela m’a joué un tour. Je n’ai plus faim et quelqu’un me demande si je veux encore de la nourriture. J’entends le mot « Mas » qui veut dire « plus » en espagnol que j’associe à « en masse, je n’en veux plus ». Imaginez la situation. Plus je dis « J’en ai en masse », plus la personne croit que j’en veux.
Je passerai cinq semaines à cet endroit, dont une partie en convalescence. Buvant beaucoup moins d’eau et plus de café et de coke, je me retrouve avec une pierre sur un rein qui par chance passera naturellement.
Il fait plus de 40 degrés Celsius. À une intersection se trouve un restaurant où deux hommes sont attablés devant une table pleine de bières. Ils m’invitent à boire en leur compagnie, mais comme je suis fatigué et affamé, ils me commandent une assiette de poisson. Après être rassasié, je n’ai aucune excuse : je bois un peu trop de bières.
Ces hommes travaillent pour la compagnie de bière SOL la 2e bière en importance au Mexique derrière la CORONA. Assis entre les deux personnes dans un 4x4, nous allons dans un village voisin ou seule la bière CORONA est vendue. Un premier arrêt à un magasin et pour 3000 $US cash, le propriétaire promet de ne vendre que la bière SOL. Une 2e visite dans un autre établissement et 4000 $US en moins, nous roulons jusqu’à la résidence du maire qui lui reçoit 5000 $US pour sa coopération. « Pas de problème » me disent-ils « Dans un mois nous rentrerons dans notre argent ». Quelques mois plus tard, la compagnie CORONA aura probablement repris le même stratagème...
Je demande à Carlos (le propriétaire d’une maison) si je peux camper sur son terrain. En Amérique centrale, par sécurité, je ne fais pas de camping sauvage. Après avoir balayé le sol pour le nettoyer des excréments d’animaux, je monte ma tente entre deux cochons attachés par le cou.
C’est l’heure du dîner et Carlos m’invite à manger. Sur la table, un seul grand plat rempli à ras bord. Devant moi, une bière et un coke. La famille se tient debout autour de la table. Toute la nourriture qu’elle devait manger m’a été donnée. Ils ne mangeront qu’au souper...
Au Mexique dans les montagnes, alors qu’il vente très fort, je suis expulsé de la route par une turbulence causée par deux camions qui se rencontrent à ma hauteur. Je me retrouve 3-4 mètres plus bas dans un ravin après avoir fait 2-3 tonneaux avec mon vélo. Aucune blessure grave et aucun dommage à mon vélo. Encore une fois très chanceux, car sur plusieurs kilomètres, c’était le seul endroit où le ravin descendait en pente, ailleurs, je me serais retrouvé été en chute libre.
Arrivé à ce point, je pensais déjà à l’Afrique et à l’Europe. Je planifiais passer l’hiver 2002-2003 en Europe pour qu’au printemps suivant je puisse avoir le temps de me rendre au Cap Nord et rouler vers le sud avant l’hiver suivant. Et, c’est à ce moment que mon ange gardien est encore intervenu.
Dans une auberge de jeunesse, je rencontre Greg, un belge qui m’invite à Kortrijk, une petite ville au sud de la Belgique. Grâce à lui, j’aurai un appartement gratuit et un emploi pour les cinq mois passés dans ce pays.
Durant le temps des fêtes, je vais à vélo dans les montagnes"hors piste" avec des membres du club de vélo d'Ushuaia. Ils ont dû me sortir dans leur bras. J'étais rendu trop "spécialisé" pour le vélo de route. Comme mes muscles travaillaient différemment, les 2 jambes m'ont crampées. Impossible de rouler et de marcher.
Quelques jours plus tard j'escalade une montagne avec Greg. Pas de problèmes pour monter, mais il a dû me transporter sur ses épaules pour redescendre. En arrivant à Québec en 2005, il m'a fallu plusieurs semaines pour pouvoir marcher sans problèmes.
Je demande la permission de monter ma tente sur un terrain privé à un homme et une femme qui ne parlent que le suédois. Nous communiquons exclusivement par signes. L’homme m’offre de coucher dans un chalet,j'accepte avec plaisir. Invité à souper, l’homme sort un cahier et deux crayons et se met à dessiner. Sa femme se joint à nous. Une demi-heure plus tard, je m’aperçois que nous communiquons très bien. J’y coucherai deux nuits.
Je suis en Norvège, en route pour le Cap Nord. Il fait de plus en plus froid. Sur l'accotement, un tapis de sol bleu. Je continue sans le ramasser. Plusieurs km plus loin, je me dis que j'aurai dûs le prendre car mon tapis de sol gonflable, en plus d'être usé, n'est pas très efficace sur le sol gelé, trop loin pour faire marche arrière, je roule avec un sentiment de culpabilité, pas seulement pour ne pas avoir ramassé ce tapis, mais surtout car je n'avais pas compris ce signe : "TU VAS AVOIR BESOIN D'UN TAPIS DE SOL". Comme si une force supérieur semblait veiller sur moi. C'est plus que de la chance, que du hasard !
La route est très mauvaise, c’est une vraie planche à laver grande dimension. Alors que je traverse une petite ville, le cadre de mon vélo se casse à l’arrière. Le propriétaire d’un magasin voisin vient me voir. Voyant mon problème, il me trouve un endroit pour la nuit, puis il contact le maire, les médias, fait transporter mon vélo dans une boutique de vélo et m’invite à manger.
Au magasin de vélo on me dit qu’il est possible de souder mon cadre, mais que cela ne donnera pas de bons résultats. Comme je me dirige vers la Turquie, l’Iran et le Pakistan il n’y a aucun avantage à le faire ressouder, car je serai dans une situation plus mal si jamais j’ai un problème. Je choisi alors de changer de cadre.
En fin de compte, c’était un bon endroit pour tomber en panne...
En Roumanie, après avoir demandé à monter ma tente sur le terrain d’une église orthodoxe, le prêtre m’invite à coucher dans sa maison. Je me retrouve avec lui dans son lit familial alors que son épouse va coucher avec leur fille.
En Iran, je demande la permission pour camper près d’une base de la police/armée. L’officier en charge n’y voit aucun problème. Après avoir monté ma tente, les soldats me donnent de la nourriture à travers les barreaux de la cour pour mon souper.
Je me couche et vers 22:00 heures, alors que je dormais profondément l’officier supérieur, enragé, arrive avec une dizaine de soldats m’ordonnant de déménager, ne me laissant pas le choix. L’officier qui m’a déjà donné son accord est là et semble impuissant.
Avant de démonter ma tente, je lui confis une fleur que j’avais reçue d’un enfant dans la journée. L’ambiance est spéciale et forte à la fois : d’un côté l’officier enragé et de l’autre l’officier tenant une fleur, symbole de paix. Finalement, j’ai remonté ma tente un kilomètre plus loin.
Dans la brousse, alors que j’allume mon réchaud, je provoque un incendie tellement le sol est sec. Le feu m’entoure rapidement mais je m’en sors par chance, avec le dessus de la main droite brûlée au 2e degré, quelques brûlures sur la cuisse droite, la barbe noircie et la perte de quelques vêtements. Le feu brûlera toute la nuit. Je roule quelques kilomètres et monte ma tente sur un gros rocher. Je suis content, je suis encore en vie…
Je me fais voler mes chèques de voyage dans un hôtel. La banque demande un rapport de police. Je me rends au poste et l’enquêteur m’interroge comme si j’étais le coupable. Mais en comprenant le but de mon voyage, il s’aperçoit que je n’ai pas d’avantage à me voler.
J’y retourne le lendemain avec le gérant de l’hôtel. Un rapport préliminaire qui sera le final est émis : l’hôtel est responsable pour son manque de sécurité. Mais à la sortie du poste, le gérant rend visite au chef inspecteur et lui donne un montant d’argent pour le remercier de sa compréhension...Le vol devient clair, mais je ne peux pas parler, car je serais sûrement encore en prison...
Je remplis ma bouteille d'eau à une fontaine, un noir me l'enlève des mains, la remplie lui-même et me demande de l’argent pour cela.
Un peu plus loin alors que je roule en direction d’un village qui se trouvait à 11km plus loin, un cycliste me dépasse, se place devant moi et arrivé au village, me demande de l’argent pour m’avoir guidé.
Dans un autre village, je demande où je peux manger. Beaucoup de jeunes me dirigent vers un restaurant. Après avoir mangé, un enfant, très agressif me demande de l’argent. Je refuse, d’autant plus qu’il ne faisait même pas partie du groupe qui m'a guidé. Très fâché, il menace de me tuer. Les adultes le retiennent et me disent de m’éloigner rapidement. Je roule plusieurs kilomètres avant de monter ma tente dans la brousse.
Deux personnes âgées qui se trouvent sur un terrain privé me donnent la permission d’y monter ma tente. Une fois montée et mon souper en train de cuire, ils me disent qu’ils n’en sont pas les propriétaires et que je ferai mieux de déménager, car je risque d’avoir des problèmes. Bonne leçon pour moi : par la suite, je m’assurerai d’avoir la permission du propriétaire avant de m’installer.
La seule façon de circuler de Isiolo (au nord de Nairobi au Kenya) à Moyale (à la frontière de l’éthiopie), soit 520km, est de faire parti d’un convoi avec des gardes armés car des somaliens peuvent attaquer à tout moment.
Ma caméra est prête, mais la randonnée sera finalement tranquille. Après deux jours de route dans le sable, la poussière et la chaleur, nous arrivons à destination en pleine nuit. La douche attendra le lendemain...
Un soir, j’ai dû repoussé quelques femmes qui voulaient entrer dans ma tente pour coucher avec moi. C’est le pays où les femmes ont été les plus entreprenantes.
Un autre jour, un groupe d’entres elle m’a chanté la même chanson pendant plus d’une heure. Plus loin, d’autres femmes déplaçaient juste devant ma tente, le feu qu’elles entretenaient pour cuire le souper. Avec le vent dans ma direction cela était dangereux pour moi et après négociation elles l’ont déplacé.
En éthiopie, près de la frontière du Soudan, je perds où me fais voler mon passeport. Je dois retourner à Addis Ababa pour en avoir un autre. Cela me fais beaucoup de peine non pas pour l’argent, mais pour l’estampe et les visas, c’était mon livre de bord. J’en ai pleuré dans l’autobus qui me ramenait à la capitale.
Plus difficile encore a été l’attitude des fonctionnaires canadiens. Alors qu’ils m’avaient bien accueilli dans les semaines précédentes voyant bien que j’étais un québécois, il me traitait maintenant comme un numéro, en gardant leur distance. « Nous devons vérifier votre identité avec Ottawa et attendre l’autorisation avant de vous émettre un nouveau passeport ». Je comprends le côté administratif, mais le côté humain a tout intérêt à être amélioré.
Psychologiquement, l’éthiopie a été pour moi le pays le plus difficile à traverser. Beaucoup de jeunes vivent en groupe dans les montagnes rejetées par leur famille. Ils sont agressifs et lancent des cailloux. Entourant mon vélo par dizaines ils voulaient tout avoir.
Pour manger un sandwich, je m’y prenais à trois ou quatre reprises : d’abord, je sortais mon pain et je roulais quelques minutes pour m’éloigner d’un groupe en formation. Ensuite j’y appliquais du beurre de peanuts m’éloignant de nouveau. Enfin, j’y glissais une tranche de fromage et finissais par manger en roulant. Après quelques jours par respect et sécurité je ne mangeais que dans les restaurants et dormais dans des hôtels.
Dans les villages les jeunes jouaient dans la merde de bœuf, faisant des balles qu’ils se lançaient. J’en fus d'ailleur quelques fois la cible. Pour traverser les villages, je m’enfilais à l’avant ou à l’arrière d’un camion empêchant ainsi l’approche des jeunes.
À ADDIS ABABA la capitale de l’éthiopie j’ai mangé avec le champion olympique Gezahgne Aberra champion olympique en 2000 et champion du monde en 2001 à Edmonton. Les éthiopiens sont des coureurs incroyables. Je me souviens d’un garçon qui parlait anglais, il a couru 14km près de mon vélo avant de retourner chez lui. Pour aller à l’école il courait 30km par jour sans problème.
Un autre jour je roulais tranquillement et une jeune fille me voyant passer me rattrapa et arrivé à ma hauteur tenta de me sortir du chemin en me poussant...
Je marche sur une rue très achalandée d’Addis Ababa en début d’après-midi. Trois hommes tentent de me voler : un homme s’accroupi devant moi et m’entoure les jambes avec ses bras en pleurant comme un bébé, les deux autres par l’arrière tentent de glisser leurs mains dans mes poches sans succès. Tout se passe très vite. Je tombe en bas du trottoir et me coupe le devant de la jambe gauche. Ils disparaissent en courant.
Alors que je passais quelques jours dans un motel en éthiopie j’ai rencontré une femme médecin. Un soir, elle arriva toute souriante et très contente. Je lui en demande alors la raison, elle me répondit qu’elle avait donné son premier vaccin contre la polio après deux années d’efforts, de contacts personnels et d’éducation. En effet, les habitants ont peur de perdre leur âme, leur sexualité en prenant des médecines occidentales.
Je dois m’immobiliser pour changer un pneu coupé. Je trouve un endroit propice à l’ombre, en face d’une école. Absorbé par mon travail, je ne réalise pas que les élèves m’entourent. En relevant la tête, je les aperçois, ils reculent de quelques mètres par peur.
Un professeur arrive et je lui demande de prendre une photo : c’est alors la ruade et je suis littéralement submergé par les élèves.
Un soir je couche chez une famille de fermiers blancs d’Afrique du Sud. J’accompagne le fermier qui va reconduire un travailleur noir en camion. À destination il lui remet sa paie mais ce dernier n’est pas content et le ton monte.
Nous sommes sur une route désertique et il fait noir. Je pense à ce qui se passe au Zimbabwe où plusieurs fermiers blancs ont été tués récemment. Je ne me sens pas très en sécurité.
Durant la première nuit que j’ai dormi, le gardien de sécurité se bat avec deux voleurs et en blesse un à la main avec sa machette. Le lendemain soir, le fil électrique alimentant un bâtiment est volé… Les blancs sont très nerveux et je suis blanc...
À Cap Town en Afrique du Sud, j’ai participé à l’une des plus grande courses de vélo au monde où participent 35000 cyclistes. La CAP ARGUS PICK & PAY CYCLE TOUR existe depuis plus de 25 ans, elle attire des cyclistes du monde entier. Sur une distance de 109 kilomètres, les professionnels autant que les amateurs roulent dans un paysage fantastique.
Invité à demeurer chez un québécois qui travaille dans ce pays depuis plusieurs années, j’ai la chance de voir la finale de hockey entre le Canada et les états-Unis dans le cadre des Olympiques d’hiver.
Un an plus tard, je serai dans une famille suédoise lors de la finale de hockey entre la Suède et le Canada. Refaire le plein de culture québécoise est très important pour moi. À quelques reprises durant mon voyage où je me sentais loin de mon coin de pays je lisais un texte sur la Gaspésie que j’avais composé à Panama.
La Gaspésie...Imaginez une péninsule de plusieurs centaines de kilomètres pointant vers l’immensité d’une mer transparente aux couleurs célestes, avec des falaises escarpées où le temps y a gravé ses empreintes, avec des plages où le bruit des vagues remet l’âme en paix, avec des montagnes où les arbres s’accrochent, avec des forêts sauvages où les animaux sont rois et avec l’air pur à vous nettoyer les poumons.
Imaginez tout cela, dans un coin de pays où la bonté des gens n’a d’égal que l’harmonie avec la mer et la nature.
La Gaspésie est un endroit unique, en été, en hiver, on en tombe amoureux. Comme une personne qu’on chérit, on apprend à la connaître en la visitant, en l’écoutant, en lui parlant, en la respectant et en gardant toujours à l’esprit le privilège qu’elle nous fait de simplement vivre en harmonie avec elle pour être en harmonie avec nous-mêmes.
Je donne une entrevue dans une radio locale. Elle est traduite en zoulou, elle indique ma route vers le nord. À l’entrée d’un village, tous les élèves d’une école sont en lignes de chaque côté de la route avec la main tendue me demandant de l’argent... Give me! Give me! me disaient-ils.
J’apprends très vite à contrer ce genre de quête parfois agressive, en prenant les devants. En m’approchant d’eux, je tends la main leur demandant de l’argent avant qu’ils ne puissent le faire. Ils se retrouvent alors désorienté. Lorsque je demande un renseignement, je préviens que s’ils veulent de l’argent en retour, je m’adresserai à un autre. Faisant un peu de morale, j’explique que les Canadiens leur donnent beaucoup d’argent et qu’ils devraient être fiers de pouvoir m’aider sans en demander davantage.
En traversant le Transkei au sud de Durban, un territoire géré par les noirs durant l’apartheid, je suis en contact direct avec une population n’ayant jamais côtoyé de blancs. En fait, beaucoup de blancs par sécurité en font le tour et au lieu de rouler 200km pour traverser cette région, en roulent 500 en passant par le nord.
Dans les familles, les enfants me grattaient la peau cherchant la peau noire. Je me souviens aussi avoir été interrogé 30 minutes par une femme, avant d’avoir son accord pour monter ma tente sur son terrain.
Un jour, un policier noir me demanda où j’avais couché. Je lui ai répondu que j'avais dormi dans le village voisin.
- Tu es encore vivant ?, me répond-t-il, en me regardant des pieds à la tête;
J’ai monté ma tente sur le terrain de la maison de Nelson Mandela à Unou. J’aurais aimé le rencontrer. Quelques fermiers blancs ne l’aimaient pas du tout, il est très populaire autant chez les noirs que chez les blancs.
Campé à l’arrière d’une maison dans les montagnes, les habitants passent la nuit près d’un feu pour me protéger.
Les tabous sont importants en Afrique du Sud.
Beaucoup d’hommes enlèvent et violent les jeunes vierges pensant se protéger du Sida. Lorsque j’étais invité dans une famille, je demandais souvent aux hommes ce qu’ils pensaient de cela. J’ai senti qu’ils n’aimaient pas en parler mais j’ai eu l’impression que cela était normal pour eux.
Tabou aussi pour les prendre en photos. Ils ont peur de perdre leur âme.
En Australie, je me suis fais arrosé d’excréments de bêtes au passage d’un camion transportant des bovins et des moutons. Avec la chaleur elle devient liquide et dans les virages elle est éjectée du camion. Je me lave et lave mon vélo, mais la puanteur persiste. Deux jours plus tard, j’en trouve la raison : une motte d’excrément s’est collée à l’arrière sous ma plaque « TOUR DU MONDE » qui se trouve sur mon support arrière...À la rencontre de ces camions, j’ai pris l’habitude de me fermer la bouche au cas où.
À Sydney, alors que je couche au 2e étage d’un édifice en construction où je travaille, mon vélo et deux sacoches me sont volées. Par chance, j’avais fini mon voyage dans ce pays. Je m’envole pour la Nouvelle-Zélande dans les semaines suivantes où je m’achète un vélo d'occasion que je donnerai à la famille qui m’héberge avant mon départ.
Durant mon voyage autour de l’île j'ai rencontré deux taiwanais qui m’ont invité dans leur pays. À mon arrivée à Taipei (Taïwan), j'ai été pris en charge par des membres d’un club cycliste. Et grâce à eux, j'ai reçu un cadeau, un nouveau vélo de la compagnie Mérida. Un tour cycliste a été organisé autour de l’île (1200km) pour faire la promotion du cyclotourisme à Taiwan.
Le ministre du Tourisme m’a invité à le rencontrer. Par avion je me suis donc rendu au sud de l’île avec deux membres de son personnel. Il voulait avoir mon opinion sur le tourisme international et plus spécifiquement comment pouvoir attirer des touristes sur l’île.
Je prends le thé dans une famille. La femme assise près de moi me caresse les jambes, les bras et la barbe. Elle n’a pas l’habitude des hommes poilus. En effet, les asiatiques n’ont pas ou très peu de poils. Par chance, son mari n’était pas jaloux...
En général, j’ai toujours été bien reçu par les religieux. À Bhai Pheru, à 60 kilomètres de Lahore au Pakistan, j’ai rencontré un vrai missionnaire. Le Père Léopold, capucin, œuvre depuis 40 ans à aider autant les enfants musulmans que catholiques. Il y a construit une mission où une centaine d’enfants défavorisés sont nourris et logés. Vivant d’une façon très simple, il reçoit de l’argent des belges qu’il réinvestit dans sa mission et dans le développement scolaire dans des villages pakistanais.
Je suis à Quetta au Pakistan. Environ 10 minutes avant que l’animateur Yves Blouin de la radio de Radio-Canada à Matane me contacte par téléphone pour une interview, trois bombes explosent à proximité de la résidence où je demeure. Quelques jours plus tôt un fonctionnaire fut tué sur la route du nord qui mène en Inde, les étrangers ne pouvaient alors plus y circuler. J’emprunte donc la route du sud. La police m’intercepte et m’escorte plusieurs jours en me suivant à moto ou tout simplement en embarquant mon vélo dans un de leur camion de police. Il n’y a rien à dire c’est un ordre. Je couchais normalement dans des hôtels du gouvernement ou bien dans des casernes. Un soir, dans une caserne j’ai été obligé de partager le lit d’un policier...
J’entre en Inde après avoir roulé deux mois en pays musulmans. Des sourires fleurissent partout, surtout de la part des femmes non voilées. J’ai l’impression de voler, de flotter dans les airs. Je demande à un fermier si je peux camper sur son terrain. Il me dirige vers un temple Shick où je serai l’invité privilégié du Babajy (le prêtre) d’une grande bonté. Nourri et logé gratuitement j’aurais pu y passer plusieurs semaines.
Très populaire dans sa région, Babajy est invité entre autres aux mariages, aux activités sportives et aux activités de financement. Je l’accompagnais partout. « Tu es ici, car tu as été bon dans ta vie antérieure » ma -t- il dit un jour. Ce fut la confirmation à ma croyance en la réincarnation.
En Inde près de la frontière du Népal j’attrape la malaria. Je ne le sais pas encore, mais mon organisme s’affaiblit. Je roule vers Katmandou sur des routes défoncées par les pluies qui tombent continuellement. Une journée un orage de grêle me frappe de plein fouet. Quelques kilomètres plus loin la route est barrée : une partie de la montagne se retrouve sur la route coupant la circulation. Deux véhicules attendent et deux heures plus tard, des dizaines d’autobus et des camions s’y retrouvent coincés. La route ne sera réouverte que 24 heures plus tard.
J’ai alors deux options : rebrousser chemin et retourner au village où j’étais ce qui représente 25km environ, ou je tente de passer. Il pleut à torrent, je suis gelé, impossible de me réchauffer. Je décide de tenter de traverser. Les jambes dans plus de 30centimètres de boue j’avance pouce par pouce soulevant mon vélo (environ 85). L’eau et la boue continuent à couler dans un ravin de plusieurs mètres. J’ai une cinquante de mètres à traverser. Après plusieurs minutes d’effort incroyable, je suis enfin de l’autre coté.
Vidé je roule jusqu’au prochain village où je me trouve une chambre dans un petit hôtel. Le lendemain, j’entre à Katmandou et suis accueilli à la maison des Jésuites où je passerai 1 mois en convalescence. J’ai une très grosse grippe, beaucoup de fièvre, une inflammation de la vésicule biliaire et la malaria.
Pour me rendre de Singapour à Java je prends un traversier. Aucun véhicule, seulement des passagers et beaucoup de marchandises. Et surtout beaucoup de coquerelles, le bateau en est infesté. Je m’assois sur un banc ils montent sur moi, lorsque j’arrête de marcher, ils montent sur moi. Je couche dans un corridor car l’odeur dans les dortoirs est insupportable. Pour pouvoir dormir en paix j’arrose copieusement mon matelas, mes vêtements et mon corps avec un insecticide, me bouche les oreilles avec des bouchons et me couvrent les yeux. J’y ai survécu trois nuits.
Au Pérou où j’ai monté ma tente dans la cour intérieure d’un poste de police, quelqu’un essaie de me voler. Il y a seulement des policiers…Le matin suivant deux policiers viennent me voir. Me serrant de très près ils me présentent une lettre m’indiquant que c’est une invitation de ma part pour qu’ils puissent entrer au Canada. Ils veulent que je la signe. Par chance, je parle un peu l’espagnol et peux leur expliquer que je dois être au Canada pour pouvoir les inviter et comme je voyagerai encore plusieurs années cette invitation ne servirai a rien. La tension tombe, il relâche leur étau. Après coup j’ai réalisé que c’était une situation dangereuse. En refusant adroitement je m’en suis sorti facilement mais si j’avais dit renoncé sans explication je mettais ma vie en danger. Que faire si tu as un problème avec la police ?
Dans ce pays, je traverse mon premier désert. Le soir venu, au milieu de ce désert, une maison. J’aurai pu camper n’importe où, mais comme à l’habitude, je demande aux habitants si je peux camper sur leur terrain. « Aucun problème » me disent-il « mais tu vas coucher à l’intérieur avec nous car les nuits sont froide ». Impossible de refuser, je passe la nuit au pied du lit familial sur un sol de béton froid. J’aurais été plus confortable dans ma tante…
Durant la soirée, je discute avec eux :
- Pourquoi ne déménagez vous pas en ville, il n’y a rien ici ? , leur demandai-je. Ils semblent surpris.
- Déménager en ville ? Pourquoi ? , me repondent-il. , on a tous ce qu’il faut ici : le camion citerne pour l’eau passe une fois par semaine remplir nos barils (l’eau est brune), nous avons des chèvres pour le lait et la viande, nous vendons de l’essence aux camionneurs, et l’endroit est magnifique, nous sommes très bien.
Ce qui m’a le plus frappé, c’est de les voir heureux. Le bonheur tient à peu de chose : avoir un toit, de la nourriture et un but. Le bonheur créé par la possession de bien matériel est illusoire. Il mène plutôt à l’esclavage…sans parler de l’aspect négatif sur l’environnement !
Premier vélo: de Matane à Panama
Second vélo: de Panama en Roumanie (changement de cadre)
Troisième vélo: de Roumanie à l'Australie (vol de vélo à Sydney)
Quatrième vélo: Pour la Nouvelle-Zélande
cinquième vélo: de Taïwan à Matane
Crevaisons: 30
Rayons: 11 + remonte roue arrière
Jantes: 2
Pneus: 18
Câbles vitesse: 3
Cassette: 1
Cône: 1
Freins: 4
Bequilles: 2
Mécanique: pignon-chaîne-plateau: 6
Départ de Matane: 3 août 2000
Retour à Matane: 9 octobre 2005
Millage parcourus à vélos : 80,029km
Millage + avion, bateau : 50,000km
Millage total : 130,029km
Jours totals: 1890 jours
Jours d'arrêts: 951 jours
Jours pédalés: 933 jours
Moyenne de kilomètres parcourus durant les jours pédalés: 86 km
Anchorage -> Matane: 9639km
Jours d'arrêts: 26 jours
Jours totals: 107 jours
Jours pédalés: 81 jours
Moyenne de kilomètres parcourus durant les jours pédalés: 119km